Revendre ses jeux, le tabou ultime

Quand je n’étais pas encore en âge de me payer mes propres consoles et jeux vidéo, mes parents me poussaient à revendre mes anciens jeux pour pouvoir passer sur une génération de console et de jeux plus récents. C’était leur façon de me responsabiliser et de me donner le sens de l’argent. Bien que cela fut difficile pour moi de me séparer des jeux de mon enfance, cela m’a permis de prendre conscience de l’importance de gérer un budget. Aujourd’hui, maintenant que je suis animée par un esprit de collectionneuse et que je suis adulte, je peux enfin conserver tous mes jeux, racheter ces jeux perdus de mon enfance et passer sur une nouvelle génération de console sans revendre quoi que ce soit. Toutefois, je dois bien l’admettre, il m’arrive encore de revendre quelques jeux pour combler mon budget jeu vidéo et m’en sortir financièrement. Beaucoup de joueurs et de collectionneurs font de même mais la revente de jeux vidéo est souvent synonyme de cupidité et d’opportunisme. Cela va même plus loin, dans le monde de la collection jeu vidéo, revendre est devenu un tabou ultime et les rares qui affichent ouvertement leurs intentions de revente se font souvent montrer du doigt avec dédain. Il est vrai que certains abusent de cette pratique pour s’enrichir grassement sur le dos de collectionneurs passionnés et font passer leur ambition pécuniaire avant leur amour pour le jeu vidéo. Explications.

revente-jeux

Ces dernières années, l’univers du jeu vidéo a connu divers effets de mode à commencer par celui du retrogaming. Autrefois inintéressants pour la plupart des gens, les jeux vidéo anciens ont connu un nouveau souffle et les prix ont littéralement flambé face aux lois de l’offre et de la demande. Bien entendu, ce marché juteux n’a pas désintéressé quelques professionnels ou amateurs en quête de profits qui ont aussitôt cherché à acheter des jeux à bas prix pour les revendre au prix fort. Parmi ceux-ci, pas mal de collectionneurs purs et durs qui connaissent bien les prix du marché et savent quand ils pourront revendre un jeu avec une belle marge mais aussi de parfaits néophytes qui tentent leur chance avec plus ou moins de succès. C’est ainsi que sont nés les fameux revendeurs de vide-greniers, des traqueurs de jeux vidéo souvent prêts à bousculer, heurter et violenter quand il s’agit d’acheter des jeux rares ou anciens à bas prix. Parmi ces revendeurs, on retrouve quelques vrais collectionneurs qui cherchent à obtenir des monnaies d’échange intéressantes pour échanger leurs jeux avec d’autres collectionneurs par la suite, ou des jeux à revendre. Hé oui, le jeu vidéo est une passion coûteuse car quand on collectionne, on veut toujours obtenir les plus belles pièces pour sa collection, des jeux anciens, complets, en bon état et si possible rares. Tout cela a bien sûr un prix et revendre est parfois le seul moyen de s’offrir des pièces de collection inaccessibles autrement.

consoles rétro

Pour ma part, il m’arrive parfois d’acheter un jeu uniquement dans le but de le revendre. Je ne m’en cache pas et cette technique me permet de combler le budget que je consacre aux jeux chaque mois sans m’empêcher de vivre correctement à côté. En revanche, cela reste assez rare. Je n’écume pas les vide-greniers uniquement dans le but de faire du profit, au contraire, j’y vais plutôt pour trouver de nouveaux jeux pour ma collection en dépensant bien sûr le moins possible. Ce qui est plus gênant, ce sont ces pseudos passionnés qui fréquentent les brocantes et les vide-greniers uniquement dans le but de faire du bénéfice. Et croyez-moi ils sont nombreux. On les reconnait aussitôt car ce sont ceux qui courent dès qu’ils voient apparaître un jeu Nintendo DS à l’horizon ou un jeu GameCube. Ce sont aussi généralement ceux qui demandent à chaque exposant « vous n’avez pas des jeux vidéo ? » et qui n’hésitent pas à bousculer pour parvenir à leurs fins.

Ceux-là sont dangereux car ils entretiennent les prix effarants du retrogaming. Ils achètent un jeu pour une misère et le revendent au prix le plus fort. C’est dommage pour les vrais passionnés qui cherchent justement à obtenir ce genre de jeux à bas prix mais cela fait partie du jeu.

Crédit photo : GILE MICHEL/SIPA

Crédit photo : GILE MICHEL/SIPA

Quoi qu’il en soit, les revendeurs sont extrêmement mal vus par une bonne partie de la communauté gaming et cela est compréhensible. Se faire du profit en jouant sur la passion des gens, c’est tout de même assez peu correct lorsque l’on n’est pas un professionnel du secteur et que l’on revend simplement pour arrondir ses fins de mois. Néanmoins, cette pratique est commune à tous les domaines où la demande existe. N’existe-t-il pas le même phénomène chez les collectionneurs de timbres ou de monnaies ? Chez les antiquaires ? Après tout, pourquoi se priver de faire un profit sur un objet lorsque la demande est là et que des gens sont prêts à mettre le prix pour obtenir ce qu’ils désirent ? Et puis revendre est parfois la seule solution qui s’offre à des joueurs ou collectionneurs pour obtenir le jeu de leur rêve.

couv retro

Parler de ce phénomène peut sembler risqué pour la collectionneuse que je suis mais je n’ai pas peur de le dire, tout collectionneur quel qu’il soit a forcément revendu au moins une fois dans sa vie un jeu ou une console et c’est bien normal. Ce qui l’est moins c’est ce tabou qui entoure ce sujet, cet espèce de non-dit nauséabond qui rend cette pratique encore plus malsaine. Osons le dire franchement, la revente de jeux vidéo est une opportunité pour tous ceux qui connaissent la valeur du marché de se faire un peu d’argent sans effort, rien de plus et fustiger les honnêtes collectionneurs qui revendent parfois quelques pièces de leur collection pour financer d’autres projets c’est plutôt mal venu. Je prends notamment l’exemple du blogueur Link to the Past qui a été victime de beaucoup de critiques lorsqu’il a souhaité revendre par nécessité plusieurs de ses consoles. Pourquoi revendre est-il si mal vu alors que tant de personnes le font à leurs heures perdues et que des acheteurs sont prêts à dépenser la somme demandée ?

Décidément, le monde du jeu vidéo est rempli de mauvaise foi.

3 thoughts on “Revendre ses jeux, le tabou ultime

  1. On me fait les mêmes remarques dans le monde des produits dérivés, revendre quand on est un vrai collectionneur c’est mal vu.
    On a donc pas le droit d’être déçu d’un objet, d’avoir fait une erreur et d’avoir en double ou simplement ne plus vouloir l’objet… Ou pire, avoir besoin d’argent assez rapidement.

    Non, on a pas le droit de revendre car on est vu comme riche et malpropre… Alors que, je sais pas toi, mais moi je mettrai une fortune pour une statuette ou une édition spéciale d’un jeu, mais j’ai aucune fringue de marque, je n’ai pas de téléphone à 600 balles, je passe pas toutes mes soirées de tous mes week-end à faire la tournée des bars, j’ai pas de bijoux ou de parfum à 100 balles non plus …. Je suis adepte des fins de série, des déstockages, bons plans, … bref je chasse les bonnes affaires pour me consacrer à mes passions.
    En fait, je dépense vraiment pas beaucoup dans ce qui semble être primordial chez d’autres.

    Ca, les Français le voit pas, tu as une collection = riche = connard.

    J’ai beaucoup de peine pour ce qui est arrivé à linktothepast… Je n’ose imaginer la souffrance qu’il a du ressentir devant autant de connerie et de méchanceté gratuite…

    • Oui hélas je pense que cette mentalité est répandue dans beaucoup d’autres domaines… C’est quand même assez ironique quand on pense que ces collectionneurs qui critiquent sont tout de même bien contents de pouvoir acheter les jeux revendus par les autres.

  2. Bravo pour cet article. Il y a longtemps, il y a 17 ans même, dans un autre siècle, j’avais une petite boutique de jeu vidéo, j’aimais déjà chiner et à l’époque je chinais de vieilles consoles genre Atari 2600, NES, Pong, etc. dans l’idée de les faire découvrir et les vendre dans ma boutique. A cette époque ça ne choquait personne, il faut dire que la mode du retrogamming n’existait pas ^^ et internet quasiment pas. Et d’ailleurs pour être honnête ça ne se vendait pas du tout, je trouvais cela pour une bouchée de pain et ça finissait par s’entasser dans mon garage.

    Depuis ce temps j’ai changé de vie et de hobby et j’avais perdu de vu les vide-greniers et puis mon goût pour la chine et le vide-grenier s’est ravivé lorsque j’ai découverts la communauté des vidéastes youtube sur le sujet. Je me suis remis à chiner, des livres, des jeux, des bricoles, et j’ai réalisé que les valeurs avaient changées ^^. Désolé je raconte ma vie c’est sans intérêt. Ce que je voulais dire, c’est que j’aime chiner, j’aime collectionner un peu, mais pas tout. Du coup je n’hésite pas à revendre certaines trouvailles, parce que mon plaisir réside plus dans la chine que dans la possession et aussi parce que je n’ai pas la place pour tout garder et aussi pour essayer de ne pas trop dépenser et pouvoir continuer de chiner.

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