Le bon collectionneur, la brute et le revendeur

Il y a peu de temps, j’ai été sollicitée par Gamekult dans le cadre de l’écriture d’un dossier sur le monde des collectionneurs jeux vidéo. Le papier sorti sur le site Gamekult est réservé uniquement aux abonnés Premium mais n’a pas manqué de susciter pas mal de retours négatifs dans mon entourage composé en grande partie par des passionnés de jeux vidéo. Il faut dire que le dossier ne fait pas vraiment l’éloge du collectionneur et tend à mettre davantage en avant la valeur pécuniaire d’une collection plutôt que sa valeur culturelle ou affective. L’article évoque d’ailleurs à maintes reprises le monde du vide grenier où les collectionneurs et les revendeurs sont constamment en concurrence mais parle aussi du collectionneur comme étant occasionnellement ou régulièrement un revendeur. Gravitant dans le monde de la collection depuis quelques années, je dois bien avouer que plusieurs points de l’article sont véridiques. J’ai d’ailleurs moi-même apporté mon témoignage dans le dossier en parlant des « collectionneurs revendeurs » que j’ai pu rencontrer ou côtoyer et de mes expériences ubuesques en vide greniers.

collectionneur jeux video

Toutefois, il y a une phrase dans ce fameux article que je ne pardonne pas ;  « Et tout ça pour mettre sur une étagère, vraiment ? ». Une phrase méprisante qui démontre bien que tout le monde ne peut pas comprendre l’intérêt ou le plaisir de collectionner.
Cependant, si l’article fâche tant de collectionneurs c’est aussi et surtout parce que l’article se focalise un genre de collectionneur peu estimé, celui du collectionneur revendeur. Celui qui achète des jeux simplement parce qu’ils sont vendus en dessous de leur côte dans le seul but de revendre et de faire du profit. Certes, ce genre de collectionneurs est légion et égratigne la sacro sainte image du collectionneur mais le fait est qu’ils existent bel et bien et qu’ils sont nombreux. D’ailleurs, rares sont les collectionneurs à n’avoir jamais eu recours à la revente ne serait-ce qu’une seule fois que ce soit dans le but de se rembourser de grosses dépenses ou d’obtenir un budget plus conséquent en vue d’un prochain achat.

Gameboy collection

Cependant, il faut savoir que beaucoup de collectionneurs ont du mal à revendre même si cela devient parfois nécessaire (manque de place, déménagement, besoin d’argent …). Je fais partie de ceux-là. Il m’arrive certes de revendre de temps à autre pour combler mon budget jeu vidéo mais chaque vente est un déchirement et je mets parfois longtemps voire très longtemps avant d’oser mettre en vente parfois avec des regrets immédiats. Ce que l’article ne dit pas c’est qu’un collectionneur est souvent très attaché à ses objets, une sorte de lien indéfinissable me lie avec chacun des jeux que j’ai acquis et la seule idée de devoir m’en séparer et souvent un vrai déchirement. Une collection ce n’est pas qu’un « investissement financier » ou un « plan retraite », c’est aussi un univers bien à soi que l’on a mis du cœur et du temps à construire. Un monde à son image dans lequel on aime se réfugier, un univers que l’on peut modeler à souhait en changeant régulièrement la disposition de ces étagères ou le classement de ses jeux.

collection jeux video

Quoi qu’il en soit, ce billet tend à rétablir un peu la vérité et à équilibrer le débat qui secoue le monde de la collection. Il existe de nombreux types de collectionneurs, les « revendeurs », les « esthètes », les « puristes », les « collectionneurs plaisir » ou encore les « occasionnels ». J’écrirai d’ailleurs un jour un article à ce sujet. Pour ma part, je me considère simplement comme une collectionneuse plaisir qui aime faire de belles trouvailles et de bonnes affaires. Il serait hypocrite de vous affirmer que je joue à tous les jeux que je possède car en réalité je ne joue qu’à environ 20% de tous les jeux que je peux acheter. Je collectionne car j’ai plaisir à retrouver des jeux de mon enfance, à découvrir des licences cultes ou des jeux méconnus mais aussi parce qu’accumuler des jeux me procure du plaisir. Souvent j’aime me dire que je ne collectionne pas les jeux mais les aventures vidéoludiques. Je collectionne les milliers d’histoires, d’émotions, de souvenirs, de joies que peuvent procurer un jeu vidéo. J’aime savoir que j’ai à portée de main, tout un pan de l’histoire du jeu vidéo et qu’à n’importe quel moment je peux choisir de devenir un chasseur de loup garou, un cow boy intrépide, un enfant de dragon, un vaillant chevalier ou encore un explorateur en quête d’aventures au bout du monde.

collectionneur

A mon sens, il n’existe pas de bon ou de mauvais collectionneurs ni de bonnes ou de mauvaises raisons de collectionner car tous ceux qui se lancent dans ce genre d’aventure ont toujours leurs raisons de le faire. L’important toutefois, c’est que la base de ce hobby reste avant tout le plaisir et la passion même si pour certains, la passion semble être absente.
Les collectionneurs de jeux vidéo sont souvent considérés comme des êtres marginaux, leur passion et leur manie d’accumuler n’est pas toujours bien accueillie ou comprise mais qu’importe, ce petit monde à part n’a pas besoin d’esprits étriqués ou bien pensants pour continuer de vivre et de s’apprécier.

couv retro

10 thoughts on “Le bon collectionneur, la brute et le revendeur

  1. Bravo pour cet article : une analyse juste honnête et déstigmatisante pour le collectionneur revendeur. Car oui le revente est bien une étape qui s’avère, un jour ou l’autre, nécessaire à la vie d’une collection qui s’affine au cours du temps.

  2. Très bon papier. Et je ne retiendrais qu’une seule chose : « il n’existe pas de bon ou de mauvais collectionneurs ni de bonnes ou de mauvaises raisons de collectionner car tous ceux qui se lancent dans ce genre d’aventure ont toujours leurs raisons de le faire »

  3. Excellent article. J’aime beaucoup ton approche et ton ressenti vis à vis de la collection. Je pense me retrouver davantage dans la catégorie des occasionnels, mais c’est un plaisir que j’ai depuis des années. Et surtout c’est notre bulle, un endroit reconfortant. Je sais que je regarde toujours mon étagere pleine à craquer de jeux avant de partir au travail et c’est bête à dire, mais ça me donne de l’énergie.
    La collection sans passion c’est triste et c’est surement sur ce genre de personne que se base l’article de Gamekult (que je n’ai pas lu d’ailleurs). Du coup, tu n’es pas ravie de ton expérience et de ta participation à cet article?

    • Merci pour ton retour 🙂 Ma gaming room, c’est l’endroit où j’aime aller quand je me sens pas bien ou que j’ai envie de m’isoler dans ma bulle. C’est indescriptible mais entourée de tous ces jeux, de toutes ces figurines, je me sens réconfortée. Je ne suis pas mécontente de mon expérience avec Gamekult je regrette juste que l’article soit si restrictif sur le monde des collectionneurs.

  4. Bravo pour cette article. Je ne sais pas pourquoi le sujet de la vente ou de la revente est aussi sensible chez les collectionneurs de jeux vidéo. Cependant pour en côtoyer des centaines quotidiennement je peux quand même affirmer qu’il y a beaucoup d’hypocrisie chez nombre d’entre eux. Collectionner est quelque chose d’assez intime, mais que j’aime personnellement partager avec les gens que j’affectionne. La plupart des collectionneurs que je connais font de l’achat-revente de lots pour financer leur collection et ne s’en cachent pas. C’est une habitude très Française (en plus d’être de vrais râleurs^^) que de porter des jugements de valeurs sur les autres. Quand je vois certaines discussions sur certains groupes, outre leur niveau intellectuel pitoyable, je suis souvent effaré de la délation et des chasses aux sorcières auxquels se livrent certains d’entre eux. ça crée des ambiances vraiment néfastes et ça fini souvent en insultes. Bref, j’ai personnellement arrêté de prêter oreille à ces énergumènes, d’autant qu’ils sont minoritaires, simplement ils font beaucoup de bruit pour pas grand chose. Le sujet de l’argent est très tabou dans notre culture, mais il ne faut juste pas oublier que collectionner c’est aussi commercer. Heureusement une grande majorité des collectionneurs que je connais sont des gens très bien ! Au passage la personne co-interviewée avec toi dans l’article Gamekult est un ami que je connais très bien 😉

  5. Je me demande si être mal jugé par les « néophytes » n’est pas le lot de tous les collectionneurs. Lorsque l’on entre dans une collection et que l’on commence à approfondir ça connaissance du sujet on apprend à jauger la valeur d’une trouvaille non pas à sa côté officielle ou officieuse mais pour l’objet en lui même, son histoire, son aura, les souvenirs que l’on a avec lui, etc. Et ce « savoir » empirique et subjectif nous amène à construire notre collection. Et j’insiste sur le fait de construire parce que je pense qu’une collection est une construction à la fois subjective et culturelle.

    De l’autre côté il y a les gens qui sont extérieurs à cette collection, ce qu’ils voient ce sont des objets auxquels ils ne portent pas vraiment d’importance et la seule façon qu’ils ont de jauger de ces objets c’est la valeur pécuniaire du coup ils finissent par voir notre collection simplement comme une valeur financière parce qu’ils n’ont pas les « outils » pour comprendre notre collection. En tout cas c’est ce que je pense, et cette pensée c’est nourrit des fois où j’ai rencontré par hasard (genre à un mariage) des collectionneurs dont les collections m’étaient parfaitement étrangères comme cet homme qui collectionner les capsules de bouchons de champagnes. J’avais du mal à jauger, évaluer et simplement m’émouvoir de sa collection même avec de la bonne volonté.

    Ce qui est dommage dans le cas du dossier de Gamekult c’est qu’ils sont censés faire parti de la communauté de ceux qui peuvent faire émerger la culture vidéoludique et donc ont auraient pu attendre d’eux un travail valorisant les collectionneurs qui permettent de préserver et de partager les bases de la culture du jeu vidéo. En même temps, ça ne me surprend pas, je n’attends plus rien de bon des sites « institutionnels » de jeu vidéo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *